Le concept de Jarry date des années 60. Pour mieux comprendre sa genèse et son évolution, il faut revenir des années en arrière.
La genèse
Guadeloupe, années 60. Le tissu économique et social est complexe; le secteur agricole et l’industrie cannière sont en crise. Dans l’archipel, de nombreuses usines ferment leurs portes.
L’archipel connaît un exode important en provenance des zones rurales. Les dépendances, et Marie Galante en particulier, voient une grande partie de leur population s’exiler vers la région pointoise. Il faut alors répondre à la demande en matière d’habitations. La rénovation urbaine de Pointe-À-Pitre est donc amorcée, et permet de réaliser de nombreux logements sociaux.
L’arrivée de l’électricité dans les communes et les différentes sections apporte encore plus de confort, et stimule par la même occasion le marché de la construction.
A cette même époque Pointe-À-Pitre est la ville qui regroupe la majeure partie, voire la totalité des activités industrielles et commerciales, ainsi que les services. Et si les problèmes de logements semblent être en voie de résolution, le développement des activités économiques est freiné par le manque de foncier et de locaux commerciaux.
Pointe-À-Pitre doit donc être désengorgée, et ne doit rester qu’une ville dortoir.
Un autre des aspects non négligeable de la décision de délocalisation est la volonté de dégager les activités polluantes en périphérie de la ville.
Il fallait donc trouver un territoire proche de Pointe-à-pitre, et qui puisse accueillir un développement industriel attendu de tous. Ce territoire devait pour cela être large … mais surtout libre.
Les regards se portent alors sur une ancienne propriété, l’habitation Marquisat, située face aux installations portuaires de Pointe-À-Pitre, sur le territoire de Baie-Mahault, C’est une zone saine, avec une partie plantée en canne, et une autre partie constituée de forêt marécageuse inondable.
C’est finalement la zone actuellement dénommée Jarry Houelbourg qui est choisie.
La zone choisie pour établir Jarry répondant à tous les critères requis pour délocaliser l’activité économique de la région pointoise. Elle était libre, vaste, et avait un littoral côtier non négligeable. Et plus encore. Non seulement cette zone était sous le vent de l’agglomération, mais surtout elle était proche des bassins d’habitation.
Jarry sera donc la première zone industrielle de Guadeloupe. Elle naît de la volonté de développer l’économie de l’archipel.
Les travaux de remblai et d’aménagement de la zone sont confiés à la SODEG (Société d’Equipement de la Guadeloupe). Dans un premier temps, 135 ha seront aménagés. La priorité est avant tout d’établir les routes pour rendre la zone accessible, et desservir les ports.
Les premiers quais professionnels sont créés entre 1965 et 1970. Ils sont de quatre types : pétroliers, sucriers, céréaliers, et minéraliers.
La première usine à prendre possession est la Minoterie des Grands Moulins Antillais, qui utilisera les quais céréaliers. Viennent ensuite la SARA, la SPDEG (devenu EDF en 1975), puis l’usine Coca-Cola.
D’autres installations suivent rapidement à la pointe Jarry, notamment un silo à sucre, un centre de destockage d’hydrocarbure et un abattoir en 1966.
Toutes ces industries sont de type Seveso (très dangereuses).
Prévue pour accueillir des industries et des commerces de vente en gros, la zone voit petit à petit s’installer des établissements tels que les établissements Viviès et Mauréaux ou encore Sopico. Le pari semble être gagné.
Premiers agrandissements
En mai 1973, on recense déjà une centaine d’entreprises implantée dans la nouvelle zone de Jarry, ainsi qu’un centre de vente en gros appartenant à la CCI de Pointe-À-Pitre.
De plus en plus d’entreprises se rendent compte des avantages d’une installation dans Jarry, et veulent elles aussi leur part du gâteau.
L’agrandissement de la zone sur Houelbourg est donc décidé, et 190 hectares supplémentaires sont aménagés.
En 1974, l’échangeur situé après le pont de la Gabarre est réalisé et livré au bout de 6 mois de travaux.
A ce moment là, Jarry est essentiellement occupée par des industries lourdes et des commerces de gros. 900 entreprises emploient alors plus de 6 000 personnes.
Vers 1976, la deuxième vague d’aménagement de la zone voit apparaître des commerces de demi-gros et de détail, ainsi que des entreprises du secteur tertiaire.
Le cahier des charges originel de Jarry destinait la zone à des industries et des commerces de gros. Il n’a jamais été prévu initialement que la zone se destine au demi-gros, au détail, ou pire, aux services.
A l’époque, le développement du commerce à Jarry n’est que l’expression de la mauvaise santé de l’industrie en guadeloupe.
Une usine Renault devait même s’implanter sur la zone. Mais le désistement de celle-ci, ainsi que le déménagement de l’usine Coca-Cola traduisent bien l’échec de la volonté de faire de Jarry le poumon industriel de la Guadeloupe.
Victime de son succès, Jarry bascule vers le tertiaire. Mais c’est la troisième vague d’aménagement qui affectera le développement de la zone. Une vague dite de consolidation du tertiaire. Des activités de bureau y sont transférées (notaires, médecins…).
On passe alors d’une architecture d’entrepôts à une architecture de bureaux. C’est aussi la période où des lacunes en matière d’infrastructures et d’organisation font leur apparition dans la zone.
Parmi les activités les entreprises les plus représentatives de ce changement, 381 font partie du secteur de l’immobilier, 303 ont comme activité principale les services aux entreprises. 284 font du commerce de gros, 200 du commerce de détail, et 127 sont du secteur hôtellerie-restauration. Des chiffres qui sont les témoins de la forte croissance urbaine de la zone industrielle et commerciale. En effet, sur les 320 hectares que comptait la zone en 1997, on recensait 2257 entreprises, dont 45% appartenaient au secteur secondaire. En 1974, sur les 900 entreprises que comptait la zone, plus de 66% appartenaient au secteur secondaire.
C’est à cette même période que l’habitat va faire son apparition à Jarry. Et c’est en totale opposition avec le cahier des charges initial, que ces habitations vont fleurir au fil des ans dans les différentes sections de jarry.
Un monstre incontrôlable
Plusieurs vagues d’acquisition ont eu lieu entre 1966 et 1980. Les dernières datent des années 80. Elles ont permis à la zone d’atteindre la superficie de 325 hectares, la classant par la même occasion comme plus grande zone industrielle et commerciale de France.
Jarry est devenue une zone économique qui génère son propre développement, et crée ses propres flux. Tous les piliers de l’économie y sont concentrés : des banques, des sociétés de conseil ou de crédits, ainsi que tous les services nécessaires à la promotion des entreprises.
Mais l’espace apparaît comme un obstacle de taille à empêcher le développement incontrôlable de Jarry.
Outre cet aspect géographique, des dysfonctionnements sont aussi apparus, de par la rapidité du développement de la zone. Des dysfonctionnements qui ont été révélés par le plan « jarry 2000 ».
Autrefois le cœur économique de la région pointoise, Jarry est désormais le poumon de la Guadeloupe toute entière. La zone pourvoit en effet aux besoins de tout l’archipel. La bloquer revient à bloquer l’économie de la Guadeloupe (rappelez vous une certaine grève des dockers).
Malgré ses multiples dysfonctionnements, Jarry apparaît comme l’une des zones les mieux conçues dans la caraïbe.
En effet, il y aurait eu rupture depuis des années si la zone n’avait pas été pensée au départ. L’idée a été structurée dès la pose de la première pierre. Le boulevard Houelbourg par exemple a été largement dimensionné à l’origine, avec 30 mètres d’emprise, en tenant compte d’éventuels agrandissements.
« Jarry 2000 »
Apres s’être longtemps désintéressée de Jarry, la commune de Baie-Mahault a fini par réaliser l’intérêt de structurer son développement.
Les missions de Jarry 2000 sont avant tout de :
- Faciliter le quotidien des administrés de Baie-Mahault, et plus particulièrement des usagers de Jarry. Pour ce faire, les actions menées par les services de la ville sont relayées sur le terrain.
- Doter la ville de Baie-Mahault d’un outil de décision dans le cadre de ses grandes orientations en matière de développement économique et social (données statistiques, études…).
- Assurer le suivi technique et opérationnel des partenariats économiques de la ville avec l’Etat et les autres collectivités (Syndicat Intercommunal de Transport).
Ce projet a permis de faire un diagnostique des dysfonctionnements de Jarry, et de mettre en place les dispositifs nécessaires pour mieux circuler et mieux stationner. La sécurité a elle aussi été améliorée, et la protection de ce qui reste d’espace naturel a été mise au banc des priorités.
L’évacuation des eaux pluviales a été étudiée afin d’être mieux maîtrisée.
Les problèmes majeurs qui ont été révélés par Jarry 2000 sont des soucis de gestion de la circulation, ou d’écoulement des eaux. Le problème de la forêt marécageuse a aussi été mis en relief. En effet si elle disparaît, elle ne pourra plus jouer son rôle de régulateur. On s’exposerait alors à une situation écologique sans précédent.
Des travaux ont été programmés dans le cadre de Jarry 2000, pour un montant de 100 000 000 €. Les premiers « gros travaux » devraient débuter cette année.
Jarry aujourd’hui
Avec une superficie de 325 hectares, une concentration de plus de 3 000 entreprises et plus de 12 000 salariés sur la zone, Jarry fait partie des plus grandes zones industrielles et commerciales à l’échelle de la caraïbe.
35 à 40 000 personnes fréquentent quotidiennement la zone, et plus de 25 000 voitures emprunte tous les jours les routes de Jarry.
la plus grande zone industrielle et commerciale de France peut encore se densifier, mais ne peut plus s’étendre.